Savoir demander de l’aide : une compétence relationnelle et une preuve de force de caractère
Solange, 37 ans, ancienne acheteuse devenue manager d’une équipe de commerciaux, avait de l’énergie à revendre. Consciente de la surcharge de son équipe, elle n’hésitait pas à prendre en charge une partie de leur travail. Mais elle n’est jamais allée demander l’embauche qui aurait tout changé, persuadée que son supérieur l’estimerait incapable de gérer. Elle bossait le jour, la nuit, le week-end. Et puis, un burnout et neuf mois d’arrêt maladie plus tard, elle a appris, malgré elle, à reconnaître ses limites et à demander de l’aide.
Cette histoire, Gabrielle Brind’Amour, cofondatrice de l’Institut NG et intervenante en relation d’aide avec plus de 20 ans d’expérience en intervention psychosociale, la rencontre régulièrement dans sa pratique. Savoir demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse. C’est une compétence relationnelle fondamentale et l’une des plus difficiles à développer.
1. Pourquoi nous n’osons pas demander de l’aide
Nous sommes pourtant, pour la plupart, heureux de rendre service. Des études en psychologie sociale montrent que la disposition à l’entraide apparaît dès le plus jeune âge ; les très jeunes enfants sont prêts à de nombreux efforts pour aider, avec un plaisir visible. Et malgré tout, lorsque c’est à notre tour d’aller chercher cette main tendue, quelque chose nous bloque.
Voici les freins les plus fréquents observés en relation d’aide :
- La crainte d’être redevable. On redoute que demander de l’aide crée une dette envers l’autre, une dette qu’on imagine démesurée par rapport à ce qu’on a réellement demandé.
- La peur de déranger. Comme si l’autre n’était pas en mesure de décider par lui-même s’il peut ou non aider. Ce frein reflète souvent une mise en retrait de ses propres besoins, fréquente chez les personnes en mésestime d’elles-mêmes.
- L’injonction à ne compter que sur soi. Nous avons appris que le monde du travail est une jungle dans laquelle on ne survit qu’en se débrouillant seul. Cette croyance, bien ancrée, coûte cher.
- La peur du jugement. Demander de l’aide, c’est dévoiler ses limites. Et cette exposition, même momentanée, peut suffire à nous paralyser.
- L’illusion de visibilité. Certaines personnes pensent que leurs besoins sont évidents et qu’il n’y a pas besoin de les exprimer. Résultat : ceux qui ne demandent jamais rien passent pour n’avoir besoin de rien, et finissent par se sentir plus seuls que ceux qui osent demander.
- La peur de perdre le contrôle. Si ce n’est pas moi qui le fais, alors je ne maîtrise pas la façon dont ce sera exécuté.
Et puis souvent, nous tardons tellement à demander que lorsque nous finissons par le faire, nous nous y prenons mal : on joue les victimes, on tourne autour du pot, on formule des demandes tellement indirectes qu’elles deviennent des non-demandes, culpabilisantes et parfois manipulatoires sans le vouloir.
2. Demander de l’aide : une preuve de force, pas de faiblesse
Aller solliciter un coup de main ne signifie pas ravaler sa fierté. Bien au contraire.
Avoir une fierté à ravaler, c’est être dans un ego fragile qui craint de se dévoiler. Ne pas avoir de barrière à reconnaître ses limites, c’est le signe d’une force de caractère qui ne craint pas le regard de l’autre et qui connaît sa propre valeur. C’est ce que l’on appelle un ego décontracté, ni dans la vantardise, ni dans la soumission.
Et on oublie trop souvent que la personne à qui on demande de l’aide y trouve elle aussi quelque chose de précieux. Demander un service, c’est offrir à l’autre :
- Une reconnaissance de ses compétences : si on lui demande, c’est qu’on lui fait confiance.
- Une valorisation : être choisi parmi tous ceux à qui on aurait pu s’adresser, c’est signifiant.
- Un sentiment d’utilité : le besoin de se sentir utile est universel. Permettre à quelqu’un de contribuer, c’est lui offrir ce sentiment.
- Un sentiment de fiabilité : on ne demande pas de l’aide à quelqu’un sur qui on ne peut pas compter. Demander, c’est aussi une marque de confiance.
3. Comment apprendre à demander de l’aide : 8 points clés
Demander de l’aide s’apprend. Voici les étapes progressives pour y parvenir, issues de la pratique clinique en relation d’aide :
1. Accepter qu’on ait besoin d’aide
C’est le premier pas, et souvent le plus difficile. Il suppose de reconnaître sa limite sans se juger.
2. Rendre service
Commencer par aider les autres régulièrement permet de normaliser l’échange et de comprendre que donner et recevoir font partie d’un même mouvement relationnel.
3. Accepter la possibilité d’un refus
Un refus n’est pas un rejet de soi. Il est souvent lié au contexte de l’autre, pas à votre valeur. Intégrer cette réalité allège considérablement la peur de demander.
4. Bien choisir à qui on demande quoi
Toutes les demandes ne s’adressent pas à tout le monde. Identifier la bonne personne pour la bonne demande, c’est augmenter ses chances d’être aidé efficacement et de ne pas mettre l’autre en difficulté.
5. Clarifier la demande
Une demande floue génère des réponses floues ou pas de réponse du tout. Plus la demande est précise, plus elle a de chances d’être satisfaite et bien reçue.
6. Choisir le bon moment
Le timing compte. Formuler une demande quand l’autre est disponible et dans un état d’esprit ouvert change complètement la façon dont elle sera reçue.
7. Maîtriser l’art du remerciement
Remercier sincèrement, sans exagérer, sans minimiser.
Bonus : faire preuve d’auto-bienveillance
Si demander de l’aide a longtemps été difficile pour vous, soyez indulgent envers vous-même dans cet apprentissage. Ce n’est pas une transformation qui se fait du jour au lendemain c’est un chemin.
4. La relation d’aide comme espace pour apprendre à demander
Pour certaines personnes, apprendre à demander de l’aide passe par un accompagnement professionnel. Un intervenant en relation d’aide peut offrir un espace sécurisé pour explorer ces blocages, comprendre leur origine et développer progressivement de nouvelles façons d’être en relation.
À l’Institut NG, nos formations en relation d’aide préparent les intervenants à accompagner précisément ces dynamiques : l’estime de soi, les difficultés relationnelles, les croyances limitantes et les schémas de comportement qui empêchent une personne de demander ce dont elle a besoin. Les diplômés exercent sous accréditation ANQ (formation 550h) ou RITMA/MARA (formation 1150h), et peuvent émettre des reçus d’assurance reconnus par les assureurs privés et collectifs au Québec.
Demander de l’aide est l’un des actes relationnels les plus courageux qui soit. Ce n’est pas une capitulation, c’est une ouverture. C’est reconnaître que nous sommes des êtres de lien, que la force ne réside pas dans la solitude mais dans la capacité à s’appuyer sur l’autre et à lui permettre, en retour, de s’appuyer sur nous.
Solange l’a appris à ses dépens. Vous, vous pouvez choisir de l’apprendre autrement.
